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Irène Kudela, direction des études musicales et linguistiques

Pianiste, Irène Kudela obtient au CNSM de Paris les 1er Prix d’accom­pa­gne­ment et de Musique de Chambre, après avoir com­mencé ses études à Prague.

Sa pra­ti­que cou­rante de sept lan­gues lui permet d’être très tôt invi­tée comme Responsable des Etudes Musicales et Linguistiques à Philadelphie, Washington, Rome, Bruxelles, Munich, Helsinki, Göteborg, à l’Opéra de Paris… ainsi qu’aux fes­ti­vals de Salzburg, Glyndebourne, Savonlinna, Bregenz, Aix-en-Provence…

Elle col­la­bore très régu­liè­re­ment depuis 1983 à des pro­duc­tions de l’Opéra de Paris, prin­ci­pa­le­ment pour les ouvra­ges russes et tchè­ques.

Elle a enre­gis­tré pour les mai­sons de dis­ques EMI, Erato, Hungaroton, Teldec et Maguelone.

Son acti­vité com­prend également des tra­duc­tions et sur­ti­tra­ges d’opéras russes et tchè­ques, des contri­bu­tions au maga­zine L’Avant-Scène Opéra.

Elle fut consul­tante musi­cale de Daniel Toscan du Plantier pour le cinéma.

Elle trans­met son expé­rience à la Fondation Royaumont, à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, au National Opera Studio de Londres.

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Portrait d’Irène Kudela, paru sur le site de Clara Laurent

Irène Kudela, l’oreille en or des chanteurs

Pianiste, chef de chant, direc­trice musi­cale, Irène Kudela parle sept lan­gues cou­ram­ment, dont le tchè­que, la langue de Rusalka de Dvorak, opéra pro­grammé en février à l’Opéra de Monte-Carlo, qui invite à cette occa­sion la « coach vocale ». Musicienne excep­tion­nelle, Irène Kudela est aussi une belle per­sonne. Portrait.

Ce n’est pas la pre­mière fois qu’Irène Kudela vient à Monaco. Son lien avec la prin­ci­pauté est ancien. En effet, en 1986, l’immense Mstislav Rostropovitch dirige La Fiancée du tsar (Rimski-Korsakov) à l’Opéra de Monte-Carlo. Irène Kudela n’a alors que 24 ans. Elle est sol­li­ci­tée pour assis­ter Rostropovitch, la connais­sance du russe étant requise. Cette col­la­bo­ra­tion ne cesse pas après cette seule pro­duc­tion : « J’ai été l’assis­tante de Rostropovitch durant quatre ans. » Autant dire que ce séjour à Monaco fut mar­quant ! La musi­cienne revien­dra d’ailleurs en 1987 à Monte-Carlo pour une mis­sion non moins exal­tante : « J’étais coach vocale pour la maison de disque Erato. Le pro­duc­teur Daniel Toscan du Plantier pré­pa­rait avec Erato son film Boris Godounov avec Ruggero Raimondi. Comme celui-ci séjour­nait à Monaco, je suis donc reve­nue tra­vailler ici. » Mais reve­nons en arrière pour mieux cerner l’excep­tion­nel par­cours de cette artiste sur­douée qui démarra si pré­co­ce­ment une car­rière inter­na­tio­nale de haut vol.

Une enfance poly­glotte

« Je suis née à Skopje, en Yougoslavie, aujourd’hui République de Macédoine », expli­que Irène Kudela. Un an après, la famille démé­nage à Belgrade où la petite fille apprend le serbe ; puis ce sera à l’âge de sept ans un nou­veau démé­na­ge­ment à Prague. Avec un père franco-tchè­que et une mère fran­çaise de parents polo­nais et russe, l’enfant baigne ainsi dans une atmo­sphère lin­guis­ti­que riche et aty­pi­que. D’autant que les parents d’Irène Kudela sont pro­fes­seurs d’alle­mand et d’anglais, lan­gues qu’ils par­lent à la maison lorsqu’ils ne sou­hai­tent pas que la petite fille et son frère les com­pren­nent ! « Nous par­lions une langue qui était un mélange de tout cela, sans vrai­ment savoir que ce n’était pas la norme. A tel point que lors­que j’ai ren­contré mon mari à l’âge de vingt ans, c’est lui qui m’a fait remar­quer cette bizar­re­rie… » Toutefois, la langue fran­çaise a une place sin­gu­lière pour la future pia­niste : « Comme je fai­sais ma sco­la­rité dans les établissements fran­çais de l’étranger, le fran­çais est ma langue d’expres­sion lit­té­raire. J’ai été vite pas­sion­née de poésie et en écrivais moi-même. » A Prague, Irène Kudela prend ses pre­miè­res leçons de piano avec un excel­lent pro­fes­seur et pro­fite de l’offre musi­cale foi­son­nante et acces­si­ble à tous : « C’était tel­le­ment bon marché que nous avions une loge à l’année à l’Opéra. J’y ai vu diri­ger Karl Böhm, entendu Fischer-Diskau… ».

Les pre­miers pas pro­fes­sion­nels

A l’âge de onze ans, la petite fille s’ins­talle avec sa famille défi­ni­ti­ve­ment à Paris. « Je vou­lais être dan­seuse, mais mon pro­fes­seur de piano, qui esti­mait que j’étais douée, a convaincu mes parents que je devien­drai pia­niste. Résultat : huit heures de piano par jour et des cours par cor­res­pon­dance. » Le régime est rude pour la petite fille qui, peu épanouie, entre tout de même rapi­de­ment au Conservatoire National de Musique (CNSM). C’est l’écoute d’un enre­gis­tre­ment de La Belle Meunière à l’âge de qua­torze ans, avec Peter Schreier et Gerald Moore au piano, qui permet à Irène Kudela de com­pren­dre où sera sa place : « Je me suis dit : voilà ce que je veux faire ! Joindre musi­que et texte lit­té­raire, faire de la musi­que avec les autres : l’idéal ! » Une classe d’accom­pa­gne­ment s’ouvre jus­te­ment au CNSM : Irène Kudela y entre et montre des dis­po­si­tions hors du commun pour le déchif­frage, la trans­po­si­tion, la réduc­tion d’orches­tre. On la regarde comme un petit génie. « Depuis les dix années que j’ensei­gne main­te­nant moi-même l’accom­pa­gne­ment, je prends cons­cience que toute jeune, je trou­vais ins­tinc­ti­ve­ment des solu­tions tech­ni­ques et musi­ca­les qui me parais­saient aller de soi. » La jeune fille se retrouve nommée assis­tante de pro­fes­seurs du CNSM, alors qu’elle n’obtien­dra ses diplô­mes de musi­que de cham­bre et d’accom­pa­gne­ment que quatre ans après. « J’ai donc tra­vaillé dès l’âge de seize ans, en voya­geant beau­coup de par le monde. »

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I. Kudela, la femme de R. Raimondi, R. Raimondi, M. Rostropovitch, G. Vischnievskaya, l’agent de Raimondi. Photo prise en 1987 à Washington, durant les séan­ces d’enre­gis­tre­ment de Boris Godunov (chez Erato). D.R.

Une car­rière ful­gu­rante

On sait que la car­rière d’Irène Kudela prend par­ti­cu­liè­re­ment son envol grâce à sa ren­contre à Monaco de Mstislav Rostropovitch : « En fait, on m’avait pro­posé un an plus tôt de l’assis­ter, mais je ne me sen­tais pas légi­time. » Une humi­lité carac­té­ris­ti­que de la musi­cienne, qui long­temps dou­tera d’elle-même, en dépit de col­la­bo­ra­tions avec les plus grands. Outre Ruggero Raimondi, Irène Kudela a en effet tra­vaillé avec des chan­teurs excep­tion­nels tels que Galina Vichnievskaya, Rolando Villazon, Natalie Dessay, Roberto Alagna, ou encore Barbara Hendricks. Elle a col­la­boré avec des chefs d’orches­tre majeurs, parmi les­quels on peut citer Kent Nagano, Myung-Whun Chung, René Jacobs, Simon Rattle, ou encore Pierre Boulez. « Avec Boulez, pré­cise Irène Kudela, j’ai tra­vaillé sur Le Rossignol de Stravinsky en 1997, puis sur Le Château de Barbe-Bleue de Bartok en 1998. » Invitée de mul­ti­ples fes­ti­vals pres­ti­gieux (Aix-en-Provence, Salzbourg, Glyndebourne…), la musi­cienne tra­vaille régu­liè­re­ment entre autres avec l’Opéra de Paris, le Châtelet, ou encore Le Théâtre des Champs-Elysées. Sa connais­sance des lan­gues slaves lui vaut de signer plu­sieurs tra­duc­tions de livrets d’opéra et d’être char­gée des études musi­ca­les et lin­guis­ti­ques pour des œuvres russes et tchè­ques à l’Opéra de Paris. Irène Kudela s’enthou­siasme lorsqu’il s’agit de faire connaî­tre un réper­toire peu connu en France : « En 2010, j’ai dirigé des œuvres tchè­ques et serbes jamais don­nées à Paris avec le Chœur de Radio-France. C’était une grande joie ! » Le com­po­si­teur tchè­que Janacek a ses faveurs : en 2009, elle par­ti­cipe à l’Opéra de Paris à la créa­tion de La Petite Renarde rusée ; en octo­bre der­nier c’est L’Affaire Makropoulos. Sans oublier Katia Kabanova (Théâtre des Bouffes du Nord) dont elle est direc­trice musi­cale, et qui obtient le Grand Prix du Meilleur Spectacle Lyrique en 2012.

Un métier méconnu

Irène Kudela a mené aussi une vraie belle car­rière de concer­tiste (elle est lau­réate en 1992 de la Fondation Yehudi Menuhin), mais aujourd’hui, c’est son métier de « chef de chant » qui est le cœur de son acti­vité de musi­cienne. Activité qu’elle trans­met avec pas­sion et exi­gence à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Paris, à la Fondation Royaumont, mais aussi au National Opera Studio de Londres ou à la Hochschule de Francfort.
Peu de monde connaît ou même soup­çonne ce métier, même parmi les ama­teurs d’opéra. Il est pour­tant essen­tiel. Lorsqu’on demande à Irène Kudela d’expli­quer ce qu’est un chef de chant, elle répond comme tou­jours avec pré­ci­sion : « Je suis une pia­niste qui, tout en jouant la par­ti­tion d’orches­tre trans­crite au piano, écoute et conseille les chan­teurs dans leur appren­tis­sage et le per­fec­tion­ne­ment d’un rôle. Cette écoute se porte sur la pro­non­cia­tion des lan­gues, la jus­tesse d’into­na­tion, la jus­tesse ryth­mi­que, la cou­leur vocale d’une phrase en fonc­tion de son sens… » Ces conseils sup­po­sent une connais­sance fine et appro­fon­die de l’opéra tra­vaillé — musi­que et texte, on ne le dira jamais assez ! C’est ainsi que la sen­si­bi­lité lit­té­raire d’Irène Kudela seconde sa sen­si­bi­lité et son intel­li­gence musi­cale. Mais ce n’est pas tout ! Le chef de chant tra­vaille en étroite col­la­bo­ra­tion avec le chef d’orches­tre. Ainsi, lors­que ce der­nier n’est pas dis­po­ni­ble, Irène Kudela dirige les répé­ti­tions de mise en scène, en sui­vant ses indi­ca­tions de tempi : « Je peux également être amenée à conseiller le chef dans la ges­tion d’une phrase musi­cale, s’il s’agit d’un opéra dans une langue qu’il ne connait pas. » Enfin, lorsqu’un chan­teur est par exem­ple malade, la pia­niste doit pou­voir chan­ter elle-même la partie du chan­teur absent, tout « en jouant l’orches­tre au piano », afin que les autres chan­teurs et le met­teur en scène puis­sent quand même répé­ter. « Pour sim­pli­fier, conclut Irène Kudela, le chef de chant est l’oreille du chan­teur et les ins­tru­ments du chef d’orches­tre. »

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A la Fondation Royaumont, ate­lier Eugène Oneguine, avec Benjamin Laurent (pia­niste) et Boris Grappe (Baryton) - 2013

Il est pas­sion­nant d’obser­ver une répé­ti­tion d’opéra avec Irène Kudela : quel­les connais­san­ces de la par­ti­tion, mais aussi de la voix humaine et des tech­ni­ques du chant lyri­que pour par­ve­nir à conseiller ainsi des pro­fes­sion­nels pour­tant rompus à leur pra­ti­que ! Sans parler des conseils lin­guis­ti­ques pro­di­gués par notre poly­glotte ! Mais sur­tout, cette maes­tria pro­fes­sion­nelle ne serait pas aussi effi­cace pour les chan­teurs si Irène Kudela ne dis­til­lait ses indi­ca­tions avec toute l’huma­nité et le doigté dont elle sait faire preuve. Une oreille pro­di­gieuse donc, mais aussi un cœur en or…

Une créa­tion de l’Arcal, com­pa­gnie diri­gée par Catherine Kollen
en col­la­bo­ra­tion avec TM+ ensem­ble orches­tral de musi­que d’aujourd’hui – direc­tion Laurent Cuniot

Direction artis­ti­que : Arcal - Catherine Kollen
Direction musi­cale : Laurent Cuniot
Orchestre : TM+ ensem­ble orches­tral de musi­que d’aujourd’hui
Mise en scène : Louise Moaty
Collaboration et conseil vidéo : Benoît Labourdette
Collaboration scé­no­gra­phie et cos­tu­mes : Adeline Caron et Marie Hervé
Lumière : Nathalie Perrier
Maquillage : Elisa Provin
Collaboration à la mise en scène : Florence Beillacou
Direction des études musi­ca­les et lin­guis­ti­ques : Irène Kudela
Chef de chant : Nicolas Jortie
Construction du décor et régie géné­rale : Stéphane Holvêque
Conseil mani­pu­la­tion marion­net­tes : Claire Rabant
Fabrication des marion­net­tes : Marie Hervé
Fabrication des cos­tu­mes et acces­soi­res : Julia Brochier, Louise Bentkowski, Jordan Azinco, Cécile Gatignol & Marie Hervé
Conception et régie vidéo : Philippe André
Conception vidéo et direc­tion tech­ni­que : Nicolas Roger
Partition : ver­sion réor­ches­trée par Jonathan Dove - éditions Universal

Remerciements à Jérôme Combe pour son aide dans le tra­vail sur les images du banc-titre

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